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Protection judiciaire de la jeunesse :
Un rôle majeur
auprès des mineurs

Anne Leclerc aime son métier.
Elle est éducatrice à la Protection judiciaire de la jeunesse. Dans son secteur du 20e arrondissement,
Anne Leclerc accompagne une vingtaine de mineurs qui ont été jugés pour faits de délinquance.
Plongée dans ce métier peu connu, combat de tous les jours pour réinsérer ces jeunes souvent en perte de repères.

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« Ce qu'on souhaite vraiment travailler,
c'est le lien éducatif qui permet au jeune,
à sa famille aussi, de comprendre
pourquoi il est dans cette situation. »

Anne Leclerc

VIDÉO

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Le milieu ouvert

La Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ) vise à favoriser l’intégration et l’insertion scolaire, sociale et professionnelle des jeunes sous mandat judiciaire. Ses missions sont avant tout éducatives - Direction de la PJJ

Plusieurs prises en charge existent, comme le milieu ouvert, où les jeunes et leur famille sont accompagnés par des éducateurs dans leur environnement.

L’Unité éducative de milieu ouvert (UEMO) Saint-Sébastien au sein de laquelle exerce l’éducatrice Anne Leclerc, a été créée en 2004. Elle est située dans le 11e arrondissement de Paris, mais les éducateurs de cette unité suivent des jeunes ayant commis
des faits de délinquance dans le 20e arrondissement.

Les UEMO mettent en oeuvre les décisions ordonnées par le juge pour enfant ou le juge d’instruction, selon les faits. En février 2015, 178 mineurs dont 17 filles, sont suivis à l’UEMO Saint-Sébastien. Ils ont entre 13 et 21 ans. Mais tous étaient mineurs au moment des faits.

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Les liens entre PJJ et Justice

Les juridictions confient diverses mesures aux services de la PJJ

« Nous avons une mission complexe d’accompagnement,
car le juge peut décider de nous confier des mesures éducatives, la réparation par exemple. Mais il y aussi des mesures de probation lors de délits plus graves, comme des contrôles judiciaires ou des peines d’emprisonnement avec sursis et mises à l’épreuve, où les jeunes ont dans ce cas des comptes à rendre »
, explique Anne Leclerc.

Les mesures éducatives sont des mesures d’assistance,
de surveillance et d’éducation qui visent à accompagner
le mineur et à prévenir le renouvellement des infractions.

La réparation, mesure éducative au pénal décidée avant ou après jugement, engage le mineur dans une démarche restaurative par la réalisation d’une activité ou d’une action au bénéfice de la victime ou dans l'intérêt de la collectivité, comme des actions au sein d’associations de solidarité.
Vingt-sept jeunes sont suivis pour des mesures de réparation
à l’unité Saint-Sébastien.

Les mesures de probation fixent aux mineurs des obligations et/ou des interdictions. Leur non-respect peut se traduire par
une mise en détention.

Le contrôle judiciaire, mesure alternative à l’incarcération donnée avant jugement, consiste à laisser le mineur en liberté en évaluant sa capacité à se soumettre à une contrainte judiciaire.
Cinquante-huit mineurs sont soumis à un contrôle judiciaire
à l’UEMO de Saint-Sébastien.

La peine d’emprisonnement avec sursis et mise à l’épreuve est une peine privative de liberté décidée après jugement.
Elle concerne les mineurs de plus de 13 ans au moment des faits, condamnés à une peine d’emprisonnement maximale de 5 ans. La juridiction décide de surseoir à l'exécution en plaçant le condamné sous le régime de la mise à l'épreuve, en le soumettant à des mesures de contrôle.
Vingt-deux jeunes de l’unité Saint-Sébastien sont concernés par cette peine.

Sources : L’UEMO Saint-Sébastien, la DPJJ, et le ministère de la Justice

IMAGE DE FOND AVEC LÉGENDE

L’Unité éducative auprès du tribunal (UEAT-PJJ) est une autre unité de milieu ouvert.
Les éducateurs de l’UEAT interviennent lorsque les mineurs sont déférés. Leur rôle est de recueillir des renseignements socio-éducatifs sur la personnalité, les conditions de vie,
la situation familiale du jeune pour apporter un éclairage au magistrat et pour proposer
une orientation éducative.

Source : DPJJ

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Sur tous les fronts

Le métier d’éducateur à la PJJ réserve parfois de belles satisfactions. Anne Leclerc se souvient de cette mineure qu’elle a suivi dès ses 13 ans. Lors de son jugement, la jeune fille a « pété les plombs ». Elle a insulté le procureur et écopé d’une détention provisoire, peine rare à cet âge. « Au début, elle était très fermée à toute aide éducative. » Petit à petit, la confiance s’est établie.
« À sa sortie, je lui ai trouvé un lieu de vie et j’ai rencontré son principal de collège ». Elle qui n’était plus scolarisée depuis deux ans a repris ses études. Après avoir passé son bac professionnel, elle a obtenu un BTS (Brevet de Technicien Supérieur). Aujourd’hui elle travaille, vit en province avec son compagnon, et mène une vie tout à fait normale. « Un lien éducatif a pu se construire, c’est une réussite », se félicite l’éducatrice.

Si ce lien a pu se créer, c’est aussi parce qu’Anne Leclerc n’a pas ménagé ses efforts. Entre deux échanges avec les jeunes qu’elle accompagne, elle se démène pour obtenir des papiers, trouver un stage, une formation, un foyer. Sur son bureau, il y a des dossiers en pagaille et un téléphone. Un outil qu'elle utilise au quotidien pour joindre le mineur et sa famille, et se mettre en relation avec toutes les structures qui interviennent dans le parcours de ces jeunes : juridiction, éducateurs associatifs, assistants sociaux, missions locales, établissements scolaires.

Un suivi sans faille

Ce lundi 9 février 2015, le dossier du jeune T., 14 ans, occupe toute son attention : suivi depuis presque un an et demi, il est issu d’un environnement familial difficile — ses quatre frères et sœurs ont été placés en foyer. Son parcours scolaire est chaotique,
il enchaîne les mésaventures avec les différentes structures qui l’accueillent.

À chaque semaine son lot d’évènements : « Ça génère des situations qui me prennent beaucoup de temps et d’énergie », soupire Anne Leclerc, inquiète. Le dernier en date est une agression au collège, dont il a été victime. Il s’est mis en tête de se venger.
Anne Leclerc essaye de l’en dissuader. Après d’âpres négociations, l’adolescent informe l’éducatrice par téléphone qu’il n’est finalement pas passé à l’acte. La tension redescend,
il concède même à son éducatrice que « la violence ne résout rien », et « qu’il vaut mieux dialoguer ». « Avec lui, on souffle le chaud et le froid. Pendant des mois il ne venait pas à mes convocations, et là c’est lui qui m’appelle », se réjouit-elle.

S’il vit toujours chez ses parents, T. a été placé en foyer de jour, dans lequel il peut aussi dormir lorsqu’il le souhaite. Il n’y est pas allé pendant plusieurs semaines. Anne Leclerc appelle l’éducatrice du foyer :


 


TEXTE LARGE AVEC SONS

« Si je n'avais pas eu d'éducateur,
je serais en prison »

Dans la salle d’entretien, Anne Leclerc a rendez-vous avec S.
Elle est confiante, l’adolescent a fait des progrès. Aujourd'hui, ils n’abordent presque plus les faits qui l’ont conduit à passer devant le juge pour enfants. Lui ne veut plus y penser, elle préfère parler de l’avenir.

Entre l’adulte et l’adolescent s’est établie une relation de confiance, une écoute mutuelle, grâce à laquelle S. a pu avancer dans ses projets et laisser derrière lui ses démêlés avec la justice.

C’est aussi l’avis d’un groupe de jeunes rencontrés lors d’une activité autour du cinéma organisée par la PJJ. Suivis, eux aussi, par des éducateurs, ces adolescents racontent comment ils perçoivent leur rôle :

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Le suivi en prison

 

 

Ses missions auprès des détenus

Pour les mineurs, la peine est souvent plus courte et le mandat de dépôt limité à un an. L'objectif est de maintenir le lien afin de préparer le jeune à sa sortie.

Les éducateurs de la PJJ accompagnent les majeurs jusqu'au procès, proposent des activités à l'intérieur de la prison ou des remises de peine, les aident à obtenir des permis de visite. En somme, ils suppléent les services pénitentiaires d'insertion et de probation (Spip).

« Ce n'est plus vraiment mon métier, souligne Anne Leclerc. J'en ai parfois marre, mais souvent les jeunes n'ont plus grand monde autour d'eux. J'ai peur qu'ils deviennent dingues, alors je les aide psychologiquement, ça leur permet de tenir ».

« Je leur permets de tenir »

Anne Leclerc se présente aux parloirs des prisons deux fois par mois pour rendre visite aux mineurs détenus. Les majeurs incarcérés, dont la détention est souvent plus longue, elle les rencontre un peu moins souvent.

Ce matin, elle se rend à la prison de Fresnes (Val-de-Marne) pour informer un des jeunes, tout juste 21 ans, que son accompagnement avec elle se termine. Ce suivi aura duré six ans, dont quatre en détention. « Ce n'est pas une réussite éducative », regrette Anne Leclerc.
« Au-delà des délits qu'il a commis, ce jeune souffre de graves carences affectives. Il a beaucoup de mal à regarder l'autre comme une personne. » Toutes les demandes de mise en liberté formulées par la PJJ ont échoué. Le lien éducatif s'en est trouvé dégradé.
« Sa logique, c'est vous ne me servez à rien », regrette l'éducatrice.

L’après-midi, c’est à Fleury-Mérogis (Essonne) qu’Anne se rend. Trois visites sont prévues. Elle se réjouit pour l’un des jeunes qu’elle rencontre. Après trois ans en détention provisoire dans l’attente du jugement, ce jeune a une bonne chance de sortir. Et s’il sort, il devrait se voir proposer une formation. Anne Leclerc informera l’avocat d’une éventuelle libération.

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Les médias éducatifs
« créent un autre rapport avec les jeunes »

 

 

 

VIDÉO

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Partager en équipe, reprendre confiance

« Je pensais que c’était fini pour lui », s’étonne Anne Leclerc.
« Et non… », répond l’éducatrice en charge du jeune qu’elle accompagne depuis plus de trois ans, toujours dans l’attente
de son jugement.

Ce mercredi, en réunion de synthèse, l’éducatrice ouvre la première page du dossier très épais de l’adolescent. Elle rappelle les faits : un délit grave. Majeur depuis peu, le jeune est suivi pour un contrôle judiciaire. « Il ne m’appelle plus, je dois passer par sa mère pour le joindre. J’ai peur qu’il craque », s’inquiète l’éducatrice.
Silence. Seule l’aiguille marquant les secondes de l’horloge se fait entendre. L’éducatrice poursuit. Elle explique le quotidien du jeune, ses petits boulots, jusqu’à son dernier entretien avec lui, en décembre 2014. « Ça ne fait pas si longtemps », rassure la responsable de l’unité, Mireille Pisanias.

L’éducatrice aimerait le revoir. Leur dernière entrevue ne s’est pas bien passée. Mais la bonne nouvelle, c’est qu’elle a enfin des nouvelles de son jugement. Même si son dossier dort à l’instruction depuis plus d’un an. L’avocate doit relancer. « Le temps que son dossier soit clos, le jugement n’aura pas lieu avant encore un an, au mieux », précise l’éducatrice. « Pas d’urgence donc », conclut la responsable. L’éducatrice reprend le parcours du jeune. Elle ose une plaisanterie. Les éducatrices rient, la tension baisse.

« Le fait de mettre en commun, d’avoir l’éclairage des collègues est extrêmement important », précise Anne Leclerc.

Animées par la responsable de l’UEMO Saint-Sébastien, Mireille Pisanias, les réunions de synthèse ont lieu le mercredi matin. C’est l’occasion pour les sept éducatrices d’exposer des dossiers difficiles, de longue durée, pour lesquels elles sollicitent l’avis de l’équipe.

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Être une femme éducatrice

Sept femmes pour trois hommes éducateurs à l’UEMO
Saint-Sébastien.
Le métier est de plus en plus exercé par des femmes. Être une femme éducatrice change-t-il l’approche éducative ? Réponses d’Anne Leclerc et de S., 14 ans, suivi depuis un an.

« Je pense que c’est beaucoup plus une histoire de posture, que le fait d’être un homme ou une femme. Et c’est justement ça qui est important pour déconstruire un peu les idées toutes faites sur un homme qui va représenter l’autorité, le cadre ou le substitut du père ; et une femme la mère ou son substitut. C’est nous enfermer dans des rôles qui, à mon avis, sont restrictifs au lien éducatif », souligne Anne Leclerc

« Ce n’est pas le même rapport avec un homme ou une femme éducatrice. Une femme c’est beaucoup plus une écoute comme une mère. Je pense que cette relation m’apporte plus que si ça avait été avec un homme. C’est le côté maternel, plus doux des femmes », exprime S.

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FIN

NOIR